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Techniques et influences du peintre Alfred Courmes

Alfred Courmes (1898-1993)

La technique d’Alfred Courmes est soignée, précise et nette, décrite comme infiniment lisse, propre, au dessin linéaire sans clair-obscur ni jeux de lumière, où certains peuvent voir une volonté de dérision de l’académisme.  Mais le peintre a surtout la passion du bien-rendu.

En 1919, Alfred Courmes rencontre le peintre cubiste Roger de La Fresnaye (1885-1925), dont il devient l’élève. L’enseignement du Maître allie de façon paradoxale avant-garde et classicisme. L’élève s’engage alors dans une peinture abstraite aux apparences naturalistes, dont la technique crue et froide rend parfaitement la densité de la chair. Ainsi, en 1927, Alfred Courmes peint, en hommage à Roger de La Fresnaye, l’Homme accidenté par une scie à bois" , huile sur toile ( 60,2 x 73 cm ), coll. part. : 

L'homme accidenté par une scie à bois - Alfred Courmes

Pour plus d'informations sur la vie d'Alfred Courmes à cette période, vous pouvez consulter l'article Ostende, 1927-1929, dernière partie. Publication n°18, écrit par le petit-fils de l'artiste, sur son blog.

 

Également attiré par les techniques des peintres italiens de la Renaissance, dont Poussin, Léonard de Vinci, Ucello, Raphaël… Alfred Courmes reconnaît avec humour avoir amélioré ses connaissances au Louvre : ainsi certaines toiles sont traitées à la « manière siennoise, avec des fondus très légers de terre verte, un peu de blanc, un peu de rose ». C’est le cas de la vierge de l’ex-voto à Saint Sébastien 1935, le Saint Sébastien 1934, le Saint Roch 1977, ou le portrait de Lucile 1933.
La composition rigoureuse, à partir d’un grand fond bleu, met en relief des anatomies faites avec des noirs et blancs, structurées, tout en volumes. 

Plus de détails sur ce tableau, avec commentaires et citations de l'artiste, en consultant la publication L'ex-voto à Saint Sébastien, Publication n°2 :

"Un tableau se construit un peu come un carton de tapisserie, on a d'abord un sujet que l'on met, que l'on bâtit (je suis un ancien cubiste) et dans ce cadre-là, on introduit ce qu'on veut. Moi, j'ai l'habitude de mettre au premier plan les personnages que je veux montrer. Il y a quelquefois des trous, par exemple sur les bandes, alors on habille au mieux du sujet. L'inspiration, c'est la vie de tous les jours. On peut se servir de tout, à condition que cela concourt à faire de bons tableaux." Alfred Courmes

Les influences du classicisme de la peinture italienne, sa rigueur dans la composition, ses sujets empruntés à la mythologie et à l’imagerie chrétienne, se retrouvent bien sûr sur l’ensemble de l’œuvre d’Alfred Courmes dont voici quelques exemples emblématiques : Portrait de Pegguy Guggenheim 1926, Rencontre de tritons 1966, Elle n’a pas besoin d’un casque… 1966
On notera l’association des couleurs, des formes et des volumes qui témoignent de l’empreinte cubiste laissée par le premier maître du peintre, dont voici un autre exemple, une version cubiste du Mythe de Persée et Andromède datant de 1944 : 

"Le mythe d'Andromède", 1944, huile sur toile, coll. part.
Plus d'informations sur la vision du mythe de Persée et Andromède par le peintre Alfred Courmes dans l'article Images sur le mythe de Persée et d'Andromède. Publication n°15

 

Alfred Courmes visite également les musées de Belgique et de Hollande. La découverte des Primitifs est déterminante : Bosch, Brueghel, Cranach, Rubens, Jordaens, Van Eyck, l’Ecole flamande au réalisme puissant influence le peintre, de façon particulièrement visibles sur des toiles comme La marchande de fruits 1927, La ferme flamande 1928, L’homme blessé 1929

Vous pouvez consulter nos différentes reproductions de La marchande de fruits, Huile sur toile, Coll. particulière

 

Alfred Courmes et la publicité

Alfred Courmes avait une grande admiration pour le travail des artistes de la publicité du début du siècle, et très rapidement, dès le début des années trente, il intègre à ses compositions des éléments issus de la publicité (les détournements publicitaires d'Alfred Courmes).
Une des premières apparitions d'un élément publicitaire dans un de ses tableaux date de 1932 : "Le repos pendant la fuite en Égypte". Il s'agit du bébé Cadum, dû au peintre Arsène Le Feuvre. Il sera utilisé dans plusieurs tableaux dont "L'ex-voto à Saint Sébastien", "La Vierge habillant l'enfant Jésus", "La Vierge à l'escalier".
Viendra ensuite le célèbre Bibendum des pneus Michelin (créé par Marius Rossillon (1867-1946), dit O'Galop, dans des esquisses de 1934-35, où il représente Joseph, puis dans "La pneumatique salutation angélique" où il sera un très bel ange Gabriel à coté d'une vierge représentée par la pin-up de la boisson Schweppes (Indian Tonic Water).

La pneumatique salutation angélique - Alfred Courmes

La pneumatique salutation angélique, Huile sur toile, Fonds National d'Art Contemporain en dépôt au Musée " La Piscine", Roubaix


Enfin  la non moins célèbre petite fille du chocolat Menier de Firmin Bouisset (1859-1925),  dans le tableau "45% de B.A." acheté par Coluche, mais aussi "Trois hommes de la rue Secrétan", "Le Cyclope n'avait qu'un œil mais le bon".
Alfred Courmes est sans aucun doute un précurseur dans ce domaine, ses suggestions seront reprises d'une certaine manière par le pop Art quelques années plus tard.

 

Les techniques d’Alfred Courmes

Les dessins du peintre sont faits à la mine de plomb, à la sanguine ou à l'encre de Chine. Ses maquettes et études à la gouache ou à l'aquarelle.

Etude pour La vierge habillant l'enfant Jésus - Alfred Courmes

Étude pour "La Vierge habillant l'Enfant Jésus", 1933, mine de plomb
 

Etude pour le radeau de la Méduse - Alfred Courmes

Le radeau de la Méduse, Encre et gouache, coll. part.

Consultez l'article Le radeau de la Méduse. Publication n°21 et découvrez d'autres études, datant de 1963 et 1964,
encre et gouache, dessins pour Eau-forte et mine de plomb. 

 

Le cyclope n'avait qu'un œil mais c'était le bon - Alfred Courmes

Étude pour "Le cyclope n'avait qu'un œil mais c'était le bon", 1960, aquarelle sur papier (26 x 26), coll. part.

 

Si Alfred Courmes a également utilisé des techniques comme l’aquarelle gouachée, la gouache sur papier, l’encre sur calque, sur panneau de bois ou sur papier marouflé, il peint principalement à l'huile, sur toile.

La préparation des fonds de toile est faite avec de la colle Toquin et du blanc d’Espagne sur du lin. Le peintre débute à l’essence, très maigre, comme les impressionnistes. Ce procédé évite de rendre le support glissant et d’alourdir en couleurs.  Il travaille par couche successives, rendant progressivement sa peinture plus grasse, plus chargée en huile.

L'homme blessé - Alfred Courmes

L'homme blessé, Huile sur toile, Collection particulière

 

Cas particulier de la Fresque d’Ottawa à l'Ambassade de France

La fresque est peinte à la cire, suivant les techniques des élèves de Ingres, les Flandrin. Il s'agit d'un mélange de cire et d’essence de Térébenthine avec laquelle sont fondues des résines appelées « élémi », extraites d’arbustes exotiques.

Alfred Courmes a réalisé plus de deux cents dessins préparatoires pour cette fresque.

Fresque d'Ottawa - Alfred Courmes

Dessin préparatoire du mur principal, 1937, Mine de plomb et gouache sur papier,
Musée national d'art moderne - Centre Georges Pompidou, Paris

« Je me suis inspiré de l'École vénitienne où les personnages vivent et agissent au devant de la scène, mais dans le fond surgissent des architectures, des paysages qui mettent en valeur les acteurs de la fresque, les identifient et les situent dans leur histoire. »

La peinture à la cire est une technique Raphaélique d'un maniement difficile, mais qui donne à l'ensemble des tonalités chaudes et profondes.
« J'ai travaillé deux ans à "La France heureuse" [...] J'avais emporté avec moi de Paris tous les matériaux nécessaires. Tout en refaisant mes dessins, je préparais moi-même mes couleurs. Avec la cire dissoute dans l'essence mélangée de gomme, j'obtenais une peinture très agréable à manier. Elle s'étendait facilement. Je pouvais revenir indéfiniment sur cette matière et obtenir des tons riches et profonds sur un support mat. Partant de mes dessins que j'avais soignés, je les mettais au carreau sur le mur préparé et je peignais mètre carré par mètre carré. »

« J'abandonnais la théorie que l'on pourrait dire à l'ancienne, selon les techniques de Puvis de Chavannes, où le mur doit commander la décoration et le sujet garder un aspect plat qui préserve l'apparence du mur. J'accentuais l'importance du dessin pour "trouer" le mur. Autrement dit, je créais des perspectives pour faire reculer l'horizon et ouvrir ainsi systématiquement le mur dans l'espace. Je me suis inspiré de l'école vénitienne où les personnages vivent et agissent au devant de la scène, mais dans le fond surgissent des architectures, des paysages qui mettent en valeur les acteurs de la fresque, les identifient et les situent dans leur histoire »

La France heureuse - Alfred Courmes

La France heureuse, 1939, peinture à l'encaustique sur plâtre, panneau principal, mur sud. Fonds national d'art contemporain. 


« J'ai imaginé la composition pour obtenir le maximum d'effet, à la manière d'une tapisserie qui couvrirait les murs de la pièce, sans chercher à simplifier ni l'ensemble, ni le détail, ce qui aurait changé complètement le caractère volontairement touffu des compositions. L'emplacement oblige à un grand fini dans l'exécution... Tous les personnages sont situés à hauteur de vue et tout doit être rendu, les nus, la draperie, les terrains, les plantes, les animaux ».

Fresque d'Ottawa - Alfred Courmes

La grande salle à manger de l'Ambassade de France à Ottawa restaurée

Pour plus d'information sur la Fresque d'Ottawa, consultez notre série d'articles intitulés L'Ambassade de France à Ottawa.